Zhao Lusi en pleine session livestream à Shanghai, habillée par Phan Huy. Esther Yu sur la Croisette, au Festival de Cannes 2026, en robe signée Cuong Dàm. Deux images, deux publics, et surtout deux plateformes qui carburent à la viralité. Depuis quelques mois, la mode vietnamienne n’est plus cantonnée aux coulisses: elle se retrouve en plein milieu du show chinois.
Le truc, c’est que ce basculement raconte plus qu’une simple histoire de robes et de costumes. Il dit quelque chose de la puissance des stylistes, des communautés de fans sur Weibo, Xiaohongshu ou Douyin, et d’un Vietnam créatif qui commence à être pris au sérieux hors de ses frontières. Résultat: des marques qu’on regardait de haut hier gagnent des points, vite, très vite.
Zhao Lusi et Esther Yu: deux apparitions qui font décoller le sujet
On a beau te dire que “la mode, c’est du détail”, dans le divertissement chinois, un look peut faire basculer une marque. Zhao Lusi porte une tenue de Phan Huy lors d’un livestream à Shanghai: ce n’est pas un tapis rouge, mais c’est parfois plus puissant. Le live, c’est de l’instantané, du commenté en direct, du capturé en screenshot. Et ça circule à une vitesse indécente.
De l’autre côté, Esther Yu choisit une création de Cuong Dàm pour Cannes 2026. Là, tu changes de décor: flashs, photos haute définition, reprise par les médias mode, et surtout archivage permanent. Cannes, c’est un tampon “événement mondial” que les fans brandissent ensuite comme une preuve. Dans les deux cas, le Vietnam se retrouve associé à une image premium, pas à un achat impulsif.
Ce qui est piquant, c’est le retournement de perception. Pendant un moment, au Vietnam, certaines marques locales étaient vues comme des copies inspirées des tendances “Taobao”. Et voilà que des actrices chinoises, autrefois associées à ces looks Taobao, se mettent à porter du vietnamien sur des scènes ultra exposées. Du coup, la discussion change: on ne parle plus seulement de “tendance”, on parle d’origine et de signature.
Et sur les réseaux, tu connais la mécanique: un look devient un sujet, puis une guerre de commentaires. Les communautés de fans dissèquent les coupes, le nom du créateur, la provenance, et veulent “la même”. Même sans chiffres officiels, l’effet est facile à lire: plus de recherches, plus de captures, plus de reposts, donc plus de notoriété. Une apparition au bon moment peut arroser toute l’Asie, pas juste la Chine.
Tran Hung, Londres et le “quiet luxury” version vietnamienne
Tran Hung, lui, est devenu un nom qui revient souvent quand on parle d’artistes masculins chinois. Plusieurs d’entre eux ont porté ses tenues de scène: Song Yaxuan, Vanness Wu, Zhang Linghe, Cheng Yi, Huang Zihongfan. Ce n’est pas un hasard si ça touche les hommes: il propose une silhouette structurée, travaillée, avec un côté romantique, sans lâcher la masculinité. Ça colle pile à l’obsession du moment: le “quiet luxury”.
Il y a aussi une stratégie de crédibilité: ses défilés à la Semaine de la mode de Londres. Dans la mode, Londres n’est pas juste une ville, c’est un tampon d’accès. Tu peux être talentueux à Hô Chi Minh-Ville, mais quand tu montres une collection dans un calendrier international, les stylistes asiatiques te regardent autrement. Et derrière, sa présence sur les réseaux fait le reste: tu es visible, donc “bookable”.
Tran Hung le dit clairement: les choix vestimentaires des célébrités sont généralement gérés par les stylistes ou les équipes mode. C’est un point que beaucoup de gens oublient. La star n’est pas toujours en train de scroller des catalogues. Ce sont des pros qui cherchent une pièce qui raconte une histoire, qui tient en photo, et qui peut être livrée vite, ajustée, validée. Si tu coches ces cases, tu rentres dans la rotation.
Le revers de la médaille, c’est la dépendance. Si ta marque explose parce que trois idols t’ont porté, tu peux aussi te crasher si les équipes passent à autre chose. Et le “quiet luxury”, c’est un terrain glissant: il faut de la qualité réelle, sinon ça se voit sur les gros plans. Un styliste à Pékin ou Shanghai peut te faire monter, mais il peut aussi te sortir du game sans prévenir. Dans ce milieu, la fidélité n’est pas un acquis.
Badbiss et “Sisters Who Make Waves”: la télé-réalité comme vitrine
Si tu veux comprendre comment une marque vietnamienne peut devenir familière en Chine, regarde “Sisters Who Make Waves” (aussi connu sous “Sisters Riding the Waves”). L’émission a une portée internationale et sert de vitrine aux looks de scène, aux séances photo, aux performances. Ces dernières années, plusieurs marques vietnamiennes y ont trouvé une rampe de lancement: Badbiss, Lsoul, Hacchic Couture, Swan, Fanc. C’est du placement, mais version mode.
Badbiss, surtout, a été portée par une liste de noms qui pèse lourd: Liu Shishi, Michelle Chen, Zhang Yuxi, Esther Yu, Cheng Xiao, Qi Wei, Wu Xuanyi. Sur les saisons 2025 et 2026, les images ont circulé dans tous les sens: concerts, magazines, émissions. Dans ce type de programme, le vêtement n’est pas un détail, c’est un élément du personnage. Et quand une star “incarne” une tenue, les fans veulent l’identifier.
Ce qui compte, c’est la répétition. Un tapis rouge, c’est un pic. Une émission, c’est une série de pics. Tu vois une marque sur plusieurs épisodes, sur plusieurs artistes, dans plusieurs contextes. Ton cerveau enregistre. Et sur les plateformes chinoises, la répétition est amplifiée par les communautés: elles font des posts “outfit breakdown”, elles comparent, elles cherchent la référence exacte. Même si la marque ne vend pas directement en Chine, la notoriété s’installe.
Mais il ne faut pas se raconter d’histoires: l’émission est un accélérateur, pas une garantie. La visibilité peut être énorme, puis retomber si la marque ne suit pas. Et suivre, ça veut dire quoi? Avoir une logistique solide, une communication en mandarin, des tailles, des retouches, des délais. Sinon tu deviens juste “la marque vue une fois”, un souvenir de saison. Dans la mode, l’oubli est rapide, surtout quand le flux d’images ne s’arrête jamais.
Weibo, Xiaohongshu, Douyin: la machine à buzz qui change tout
Quand Tran Hung parle d’une apparition qui peut booster la notoriété dans toute l’Asie, il pointe un truc très concret: la diffusion des images. Weibo te donne l’effet “actualité”, Xiaohongshu te donne l’effet “carnet d’adresses shopping”, Douyin te donne l’effet “clip viral”. Trois usages, trois manières de transformer une robe en objet de désir. Et les fans font le boulot de distribution gratuitement – parce que c’est leur sport.
Dans ce système, la photo compte plus que le tissu. Une coupe qui “lit” bien en image, un détail artisanal visible, une silhouette qui se reconnaît en une seconde: c’est ça qui marche. Les créateurs vietnamiens qui montent sont souvent ceux qui ont compris ce langage visuel. Pas besoin d’un long texte de marque quand tu as une image qui fait dire “c’est quoi cette pièce?”. La curiosité est la première conversion.
Il y a aussi un effet miroir entre les publics vietnamien et chinois. Quand Zhao Lusi ou Esther Yu porte vietnamien, ça déclenche un intérêt des deux côtés: au Vietnam, fierté et validation; en Chine, découverte et chasse à la référence. Tu as un double buzz, avec des captures qui reviennent dans les feeds. Et comme les plateformes se nourrissent d’engagement, le sujet est poussé plus loin, même à des gens qui n’ont rien demandé.
Mais attention au piège: la viralité peut aplatir le travail. Une marque peut être réduite à “la robe de Cannes” ou “la tenue du live”, point. Et là, le créateur doit se battre pour exister au-delà du moment. C’est aussi là que les marques vietnamiennes ont un défi: construire une identité stable, pas seulement des pièces photogéniques. Sinon, tu deviens une banque d’images pour fans, pas une maison durable.
Ce que la Chine apporte aux créateurs vietnamiens, et ce qu’elle peut leur prendre
Le marché chinois, c’est une promesse simple: volume d’attention. Quand une star de premier plan porte une tenue, tu touches des communautés énormes, structurées, capables de faire remonter un nom en tendance. Pour des créateurs vietnamiens, c’est une opportunité de changer d’échelle sans attendre dix ans. Tu peux passer d’un cercle local à une reconnaissance régionale, juste parce que la bonne personne a été photographiée au bon moment.
On voit aussi une montée du segment haut de gamme vietnamien qui cible clairement la Chine. Des stars chinoises de premier plan ont été vues en tenues vietnamiennes, ce qui alimente l’idée que le Vietnam peut produire du “red carpet ready”. Et ça compte pour les stylistes: ils veulent des pièces capables de rivaliser en finition et en présence visuelle. Quand ça marche, ça ouvre des portes, des collaborations, des demandes de looks pour scène, éditos, événements.
Mais la Chine peut aussi “prendre” quelque chose: le contrôle du récit. Si ton image dépend des plateformes et des fandoms, tu peux être aspiré dans des codes qui ne sont pas les tiens. Pression pour produire plus vite, pour adapter le style, pour répondre à une demande de “nouveauté” permanente. Et si tu refuses, tu risques de disparaître du flux. C’est une tension classique: rester fidèle à une identité ou courir après l’attention.
Ce que j’entends chez des gens du milieu – stylistes, petites mains, attachés de presse – c’est une prudence lucide. Ils sont contents de la visibilité, mais ils savent que la mode n’est pas un conte de fées. Une marque peut exploser et se perdre dans son propre succès si elle n’a pas l’atelier, la qualité, la cohérence. Les célébrités peuvent ouvrir la porte, mais derrière, il faut livrer. Et livrer, c’est là que beaucoup se font rattraper.
À retenir
- Des apparitions de Zhao Lusi et Esther Yu ont mis des créateurs vietnamiens sous les projecteurs chinois.
- Tran Hung se distingue via des tenues masculines structurées, une esthétique “quiet luxury” et une vitrine à Londres.
- Des émissions comme “Sisters Who Make Waves” multiplient les images et installent des marques comme Badbiss dans l’esprit du public.
Questions fréquentes
- Pourquoi les célébrités chinoises portent-elles de plus en plus de mode vietnamienne ?
- Parce que les stylistes cherchent des pièces qui se distinguent en photo et sur scène, avec une coupe solide et des détails artisanaux. Une apparition bien placée sur un live, un tapis rouge ou une émission peut créer un buzz massif sur Weibo, Xiaohongshu et Douyin, ce qui donne immédiatement de la valeur médiatique au choix.
- Quels créateurs et marques vietnamiennes reviennent le plus dans cette tendance ?
- Tran Hung est souvent cité côté looks masculins portés par des artistes chinois. Côté marques vues dans les émissions, Badbiss revient régulièrement, aux côtés de Lsoul, Hacchic Couture, Swan et Fancì. Des créateurs comme Phan Huy, Cuong Dàm et Phan Huy ont aussi gagné en visibilité via des apparitions très commentées.
- Cette visibilité garantit-elle un succès durable pour les marques vietnamiennes ?
- Non. La viralité peut être brutale et courte. Pour transformer l’attention en trajectoire durable, une marque doit tenir la qualité, les délais, les retouches, et construire une identité au-delà d’une seule tenue iconique. Sans ça, elle risque d’être réduite à un moment, puis remplacée par la tendance suivante.
Sources
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