-10C, de la neige, de la glace, et des invitées en talons plateformes qui patinent entre deux shows. Berlin Fashion Week FW26 s’est jouée dans un décor de film, mais avec un vrai fond: des collections qui assument la prise de risque, et une ville qui continue de servir de laboratoire à ciel ouvert.
Ce qui ressort, c’est un mélange rare: des silhouettes fortes (capes, gros manteaux, bottes molles, tailoring en couches), et une obsession du détail (mesh façon chainmail, gants en cuir, perles, franges, matières retravaillées). Pas un seul “moment unique” qui écrase tout, plutôt une régularité de propositions solides, du runway classique aux formats hybrides qui brouillent les lignes.
Les manteaux statement et les capes ont pris le pouvoir
Si tu devais retenir un truc visuel de cette FW26 berlinoise, ce serait l’outerwear. Des manteaux qui font la silhouette à eux seuls, des volumes qui prennent de la place, des pièces reconstruites qui donnent l’impression d’avoir vécu trois vies. Et dans la rue, même logique: base sobre, puis un élément qui casse tout – une cape, une botte slouchy, un manteau qui avale les épaules.
Le contexte a aidé, forcément. Quand la ville tombe à -10C, tu comprends vite pourquoi l’extérieur devient le vrai terrain de jeu. Les invités ont dû composer avec le froid réel, pas le froid “Instagram”. Résultat: les looks ne trichent pas. Les manteaux sont pensés pour tenir la route, tout en gardant ce côté provoc’ berlinois qui refuse le “joli pour être joli”.
Ce qui est intéressant, c’est la vitesse à laquelle ces pièces passent du podium au quotidien. Berlin a cette capacité: tu vois une idée en show, et deux heures après tu la recroises devant un lieu de défilé, réinterprétée par quelqu’un qui n’a rien à vendre. Capes sur tailoring, superpositions, volumes sur volumes… ça sort du cadre “fashion month” et ça devient une manière de s’habiller pour de vrai.
Le revers de la médaille, c’est que le “statement coat” peut vite devenir une recette. À force de vouloir la pièce forte, tu finis avec des silhouettes qui se ressemblent, juste à coups de proportions. Et puis il y a un angle mort: ces grosses pièces, souvent complexes, demandent du savoir-faire, du tissu, du transport. Berlin parle beaucoup de responsabilité, et c’est bien, mais l’outerwear spectaculaire reste un test grandeur nature pour la cohérence entre discours et réalité.
Les détails intriqués ont remplacé le logo qui crie
Sur les podiums, la vraie bagarre se jouait au niveau des détails. Pas le détail décoratif posé à la va-vite, plutôt le détail qui change la lecture d’une pièce. Des chemises détournées, des finitions qui racontent une idée, des couches inattendues sur du tailoring. On sent une envie de subvertir le vestiaire “propre”: tu crois voir une silhouette classique, et en te rapprochant tu découvres la mécanique.
Un exemple qui a beaucoup tourné: John Lawrence Sullivan et son tailoring affûté avec des couches en mesh façon chainmail, plus des gants en cuir jusqu’au coude, inspirés d’une culture metal nordique. Tu peux aimer ou pas, mais ça a une logique. Ça dit: le costume peut être une armure, pas juste une tenue de bureau. Et à Berlin, ce genre de message passe bien.
Autre approche, plus sournoise: Balletshofer et son mélange tailoring/sportswear, avec des vêtements construits pour épouser le corps, et des détails qui font “accident” alors qu’ils sont ultra pensés. Des pantalons et vestes qui semblent froissés exprès, un blazer sans col avec une couture à la taille pour donner une définition subtile. De loin, c’est portable. De près, c’est de l’architecture textile.
Le truc c’est que cette obsession du détail peut devenir un piège commercial. Plus tu multiplies les couches, les finitions, les techniques, plus tu montes en coût et en complexité de production. Berlin adore l’expérimentation, mais quand tu dois livrer, grader, produire, gérer les retours, c’est une autre histoire. Et si la pièce n’est comprise que par les initiés, tu risques de parler dans une salle qui s’applaudit elle-même.
Franges, perles et latex: Berlin joue la matière
Les ornements ont fait leur retour, mais version Berlin: moins “soirée”, plus texture, plus mouvement, plus étrange. Beading et fringing étaient partout, dans la continuité de ce qu’on voit déjà à Paris et Milan, sauf qu’ici ça se mélange avec des matières et des idées plus abrasives. Les franges ne sont pas juste là pour faire joli: elles bougent, elles brouillent la silhouette, elles créent du bruit visuel.
Kucharska a marqué avec des perles fabriquées à partir de son latex signature. Rien que l’idée dit beaucoup: prendre un code précieux (la perle) et le refaire dans une matière qui évoque autre chose, plus fétiche, plus industriel. Ça donne une brillance différente, moins “bijou de famille”, plus objet contemporain. Et sur un podium, la lumière accroche autrement, plus froid, plus net.
Du côté de Buzigahill, la frange s’est posée sur les épaules de blazers, comme une couche qui transforme une pièce de tailoring en vêtement de scène. Orange Culture, lui, a joué des jupes et blouses en matières frangées, dans des tons brûlés – orange, émeraude – avec ce swish très physique à chaque pas. Là, tu vois le vêtement en mouvement, pas juste figé en photo.
Mais attention au syndrome “effet podium”. Les franges, les perles, les matières latexées, c’est spectaculaire, donc ça se partage vite. Sauf que dans la vraie vie, ça s’accroche, ça s’use, ça demande de l’entretien, ça peut devenir lourd. Berlin a le mérite de tester des idées sans demander la permission, mais si tu veux que ça dépasse le moment fashion week, il faut que la matière tienne, au sens propre.
Haderlump au Wintergarten: 28 looks et une salle de 350
Un des moments les plus nets de la semaine, c’est Haderlump et sa collection “VARIUS”, présentée au Wintergarten Varieté. Le cadre fait beaucoup: un théâtre, une scène, une vraie tension de spectacle. Et avant même le premier passage, un soundscape original signé John Carlsson pour installer une ambiance. Berlin adore quand le show raconte quelque chose au-delà du vêtement.
La collection tenait sur 28 looks, et le public annoncé tournait autour de 350 personnes. Ce genre de chiffre, ça compte: assez grand pour créer l’énergie, pas trop pour garder une proximité. Et dans le fond, c’est ça Berlin: pas la démesure parisienne, mais une intensité plus resserrée, plus “tu es dans la pièce, tu vis le truc”.
Haderlump a utilisé de la dentelle pour la première fois, combinée avec cuir, denim et laine lourde. Le contraste fonctionne parce qu’il ne cherche pas la délicatesse pure: la dentelle devient une couche parmi d’autres, parfois presque une trace. Et détail qui reste: des motifs de dentelle peints à la main sur les visages des modèles. Pas subtil, mais cohérent avec l’idée de scène et de persona.
Ce type de show, c’est aussi une mise en danger. Quand tu ajoutes théâtre, son, références, tu peux vite écraser le vêtement. Là, ça marche parce que les silhouettes restent désirables, du gown au pantalon coupé net, avec un clin d’il assumé à Marlene Dietrich et à ses wide-leg pants. Mais si tout le monde copie la recette “runway + performance”, tu finis avec des shows qui se battent pour l’attention au lieu de laisser parler les coupes.
METAMORPHOSIS et VORN: la durabilité comme infrastructure
Berlin ne s’est pas contentée de parler “green” en backstage. La semaine a mis en avant des formats de discussion où la durabilité est traitée comme une infrastructure: circularité, IA, resale, passeports numériques produits. Ça peut sembler techno et un peu sec, mais c’est là que ça devient sérieux. Quand tu passes du slogan à l’outil, tu commences à toucher la chaîne entière.
Dans le calendrier, tu voyais aussi des événements qui matérialisent ces sujets. Exemple: VORN – The Berlin Fashion Hub à Bikini Berlin, avec une expo et un lancement de whitepaper autour d’innovateurs circulaires, réparation, location, upcycling, matériaux, écosystèmes. Ce n’est pas un défilé, c’est un endroit où des acteurs se rencontrent, comparent des solutions, et essaient de sortir du “on devrait”.
Autre cas parlant: KOLYA BOGATYREV et sa performance “CONTRAARGUMENTUM: a Dialog of Renewal”, pensée comme un mix fashion/performance/installation. Là, les vêtements jetés deviennent partie de la scénographie, pour symboliser l’ancien cycle, pendant que mouvement et son racontent la transformation. Tu peux trouver ça conceptuel, mais au moins, le propos est mis en scène sans se cacher.
Le point critique, c’est le risque d’entre-soi. Panels, whitepapers, hubs sur invitation… ça peut vite devenir un club de gens déjà convaincus. Et pendant ce temps, le consommateur moyen veut surtout comprendre: qu’est-ce que ça change sur l’étiquette, sur le prix, sur la durée de vie? Berlin a l’énergie et les idées, mais il faut aussi réussir à traduire ça en gestes simples, sinon tu laisses le terrain aux marques qui font du durable un simple argument de vitrine.
À retenir
- FW26 à Berlin a été dominée par l’outerwear : capes, manteaux XXL, reconstructions.
- Les collections ont mis l’accent sur la construction et les détails (mesh, gants, froissés maîtrisés).
- La durabilité a été traitée via des outils concrets : circularité, resale, passeports numériques, hubs et whitepapers.
Questions fréquentes
- Quelles sont les grandes tendances vues à la Berlin Fashion Week FW26 ?
- Les plus visibles sont l’outerwear statement (capes, manteaux volumineux, pièces reconstruites), le tailoring en couches avec des détails techniques (mesh façon chainmail, gants longs, finitions complexes), et le retour des ornements en version matière et mouvement (franges, perles, latex). Le street style a repris ces idées avec une base sobre et un élément perturbateur.
- Pourquoi Berlin insiste autant sur la circularité et les formats hybrides ?
- Berlin se positionne comme une fashion week expérimentale et discussion-driven. Du coup, au-delà des défilés, la programmation met en avant des dialogues et dispositifs concrets autour de la circularité, de la revente, de l’IA et des passeports numériques produits. Et côté mise en scène, les shows-performances et lieux atypiques collent à l’ADN de la ville, plus narratif que strictement “runway”.
Sources
- -10°C, 12 looks XXL, 7 shows-performance, les détails fous de Berlin Fashion Week FW26 que personne n’attendait - 7 février 2026
- E-Fashion Awards 2026 ouvre les candidatures : thème « Élémentaire » et deadline fixée au 28 février - 6 février 2026
- Fashion Week automne-hiver 2026-2027 : coupes fonctionnelles, genre fluide et couleurs qui claquent - 6 février 2026









